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Il s’agit de la première moissonneuse de céréales à propulsion animale (et non traction), capable d’avoir un meilleur rendement économique qu’une récolte manuelle, mise au point par les peuples gaulois bien avant les autres civilisations, notamment l’empire romain.

Le principe technique consiste en une caisse de bois reposant sur deux roues dont l’ouverture à l’avant est munie d’une rangée de dents horizontales, et à l’arrière, prolongée d’une paire de brancards dans laquelle peut être attelé un animal (âne par exemple) poussant le tout de telle sorte que les épis mûrs se cassent à leur base sous l’effet mécanique de la pression pour tomber dans la caisse. Selon les représentations qui nous sont parvenues (voir plus loin) un homme marchait en reculant face au vallus, muni d’un outils composé d’une planche perpendiculaire à un long manche servant à pousser les céréales vers les dents de la machine, tels les rabatteurs qui tournent sur les moissonneuses batteuses actuelles.

Etymologie succincte

Les origines étymologiques sont diverses : vallus proviendrait à la fois du grec ancien ἧλος, êlos (« clou ») et de vannum (« van ») forme contractée de vannulus, vanlus. On retrouve caedere vallum (couper des pieux: pieu échalas, inter duos vallos (entre deux palissades) : pieu pour palissade, vallus pectinis (dent d'un peigne). Mots dérivés : vallo (palissader), vallum (palissade), intervallum, intervalle.

Cette appellation peut être issue de l’osier dont pouvaient être tressés, le van et le coffre des véhicules gaulois, ce qui sous entendrait que la récolte moissonnée tombait dans un panier en osier (version technique dont s’inspire la vallus du Madriniacus)

Informations archéologiques

Sources bibliographiques :

Pline l’Ancien (1er siècle) dans Histoire naturelle (18, 296) écrit : « Dans les grandes propriétés de Gaule (latifundia) on pousse à travers champ de grands vallis montés sur deux roues et dont le bord est garni de dents, auxquels on attelle une bête de somme à l’envers, de sorte que les épis coupés tombent dans le vallus. »

Palladius (4ème siècle après J.C.) dans Traité d’agriculture (7,2) donne plus de détails : « La partie relativement des Gaules utilise le moyen économique que voici pour moissonner, et indépendamment du travail des hommes, l’activité d’un seul bœuf vient à bout de la superficie de toute une moisson. C’est pourquoi on a inventé un véhicule qui est porté sur deux petites roues.

Sa surface carrée est munie de planches, qui, inclinées vers l’extérieur, ont le plus grand écartement au sommet. Sur la face avant de ce chariot, la hauteur des planches est plus petite. Là, des dents, nombreuses en plus d’être espacées en fonction de la taille des épis, sont placées en ligne, recourbées à l’extrémité supérieure. Quant à l’arrière de ce même véhicule deux timons très courts sont fixés comme des brancards des litières. A cet endroit, un bœuf, tête tournée vers le véhicule, est attaché par un joug et des traits, assurément une bête calme, de manière à ne pas dépasser la cadence du compulsor.

Dès qu’il a commencé à mettre le véhicule en mouvement à travers les moissons, tous les épis, saisis par les dents, sont accumulés dans le chariot, une fois les pailles brisées e laissées sur place, et tandis que le bouvier, qui suit, règle ordinairement l’élévation ou l’abaissement. »

Sources iconographiques :

Cinq bas-reliefs trouvés à ce jour en Europe de l'ouest nous proposent sous formes fragmentaires des représentations partielles, mais néanmoins explicites, de vallus :

-          Gravures du calendrier de la porte de Mars à Reims (France) réalisées au 18ème et 19ème siècle,

-          Bas-reliefs d’Arlon et Buzenol-Montauban (Belgique)

-          Bas-reliefs de Trèves et Coblence (Allemagne).

 

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Vallus en démonstration devant la statut de Vercingétorix à Alésia
(Journées du patrimoine 2017 avec association Les Mandubii)

Expérimentation de la machine :

L’archéoparc de Malagne la gallo-romaine située à Rochefort en Belgique (www.malagne.be) a construit dans le cadre d’une expérimentation archéologique un vallus et en présente le fonctionnement en situation réelle de récolte de céréales au cours d’une fête publique.

Le modèle de vallus du Madriniacus n’a pu être encore expérimenté à ce jour en raison principalement du manque d’une surface de céréale adaptée (cassante notamment). De plus l’approche du prototype du Madriniacus est constitué à partir du reconditionnement d’un train avant directionnel d’un ancien char à quatre roues utilisé en montagne pour du transport de charges lourdes, donc par conséquent de conception trop massive et lourde pour un parfait maniement qui, par destination utilitaire, doit posséder des caractéristiques techniques légères.

Hormis cette problématique annexe, l’expérimentions permettrait surtout d’éprouver la forme des dents et le harnachement de la bête qui sont les deux points fondamentaux de la base du bon fonctionnement de la machine.

 

Le vallus du Madriniacus

 

Informations culturelles qui découlent du vallus :

Maitrise des forces mécaniques :

Une bonne conception légère de l’engin pourrait se dispenser de la présence d’un animal, un homme, à priori, suffirait. Or l’expérimentation montre que le poids de la machine (plus récolte dans le panier) à l’avant de l’essieu nécessite un contrepoids à l’arrière ; seul un animal peut jouer un double rôle : contrepoids et traction, plus facilement qu’un homme.

Attelage poussé :

Le vallus est, à ce jour, le seul attelage poussé, et non tiré, que l’humanité n’ait jamais connue, ce qui dénote d’un savoir-faire technique et une maitrise du dressage des animaux très avancés chez les peuples celtes, cela peut sous-entendre que cette technique d’attelage pouvait aussi être employée dans d’autres circonstances (carrières ; mines, travaux divers, etc…).

Céréales cassées :

Le vallus ne coupe pas les céréales quand l’intérêt de l’agriculteur lui dicte de moissonner. Il les casse lorsqu’ils ont atteint leur maturité idéale indépendamment de la volonté du récoltant. A travers cette conception de la récolte, on peut repérer un pacte conceptuel « de non-agression » et un profond respect envers la nature pour des produits liés à l’alimentation humaine ; base fondamentale de la culture celte.

Travail en équipe :

L’expérimentation belge fait appel aux fonctions synchronisées de trois ouvriers affectés à des tâches différentes : un rabateur (devant la machine), un guide de la hauteur de la machine derrière l’animal et un guide de l’animal (à côté de l’animal). Par conséquent ce type de travaux montre la capacité de cette civilisation d’avoir un parfait contrôle de la mutualisation des compétences individuelles

Rentabilité économique :

Les auteurs latins insistent tous sur la notion de rentabilité permise par cette machine et de coût de main d’œuvre (même à l’époque de l’esclavage c’était une charge à maîtriser !) par rapport à une récolte entièrement manuelle. D’un point de vue économique le choix entre agriculture extensive ou intensive présidait déjà aux débats et orientation politiques.

Autres informations techniques à approfondir :

Harnachement :

Le point crucial pour l’utilisation du vallus est le lien entre l’animal et la machine. L’expérimention belge, considérant que le collier d’épaule n’étant pas encore au point avant le Moyen-Age, à recours à la duplication d’un jouguet (petit joug pour un seul animal) du 2ème siècle retrouvé à Pforzheim (Allemagne), posé en avant du garrot de l’animal, protégé par une peau d’agneau ; préfiguration du collier d’épaule.

Ancêtre du vallus :

Selon Pline, le vallus a été mis au point afin de se substituer à une technique manuelle consistant à l’emploi d’un peigne, tenu d’une main, poussant les épis dans une sorte da van en osier tenu de l’autre main. Il est alors intéressant de constater que le vallus est l’évolution technique d’une méthode de récolte selon une conception d’utilisation d’outils non tranchants. Hormis des informations littéraires, à ce jour, nous n’avons aucune trace concrète de tels outils.

Utilisation mandubienne du vallus :

Comme toute moissonneuse mécanique, le vallus, n’est économiquement rentable que sur des grandes surfaces de céréales relativement plates, situées plus au nord du pays des Mandubiens. On peut penser, en raison de la configuration accidentée du terrain et du petit parcellaire qui en dépend, que dans l’Alesiensis pagus (Auxois) le vallus était probablement peu utilisé.

 Outils complémentaires au vallus :

 

Silo et van

 

Silo (aérien), fléau, van