Afin de mieux connaître ma démarche en archéologie expérimentale,
il me parait nécessaire de présenter un peu exhaustivement le cadre de mon action.

La mémoire du geste et histoire personnelle

L’anthropologie des techniques s’est imposée à moi par prolongement de l’intérêt personnel que j’accorde à la mémoire du geste. Ayant acquis une formation en sciences humaines et sociales dans la mouvance idéologique des années 80, il m'est apparu que l’aide à apporter à une personne en situation d’exclusion soioprofessionnelle devait dépasser « l’homo-sapien » biologique pour s’intéresser à « l’Homo faber » à l'Homme en tant qu'Etre susceptible de fabriquer des outils (et de maitrisser une technique) et par conséquent à sa capacité à intervenir sur le monde qui l'entoure. Présupposant que de cette interaction avec son environnement relationnel humain naisse une prise de conscience de soi conduisant, par ses effets, à une insertion sociale.

Happé par les thèses d'André Leroi-Gourhan, dont l’expérimentation concrète de l’alliance entre le logos et le geste fut la base d’une activité professionnelle me conduisant à une fonction inexistante dans les nomenclatures professionnelles : éducateur-entrepreneur. Durant 25 ans de carrière professionnelle j’ai contribué au développement d’une entreprise d’insertion fiscalisée, en y assurant la direction notamment, sur le secteur marchand concurrentiel dans les domaines économiques du bâtiment, de l’aménagement paysager et le traitement des déchets commerciaux.

Ma conception professionnelle s’est résumée à aider des personnes (de 18 à 60 ans) à retrouver un geste perdu ou jamais acquis pour des raisons socio-professionnelles (chômage longue durée, traumatismes divers, post cure, détention) ou de formation inadaptée, voire inexistante (absence de références éducatives), afin que réconciliées avec un savoir-faire, ces personnes se réapproprient un savoir-être puis un savoir devenir.

La rupture d’une mémoire transmissible de génération en génération est l’origine du chômage dans sa version structurelle (incapacité à rebondir du demandeur d’emploi) conduisant l’individu à ne plus être sujet de sa propre existence mais objet d’un processus de dépendance socio-économique faisant la part belle aux thèses politiques qui voient en autrui différent un profiteur du système. Alors que la (ré)appropriation du geste dans toute sa plénitude est cette source d’où nait la prise de conscience chez chacun de sa propre existence individuelle et son affirmation à part égale dans une société. Les pauvres ne sont pas pauvres parce qu’ils n’ont pas d’argent, ils sont pauvres parce qu’ils n’ont pas de travail.

Fort de la réussite (chiffres et références tenus à disposition) de la mise en pratique de cette thèse, j’ai fait valoir mes droits à la retraite courant 2015 après que les sensibilités politiques de tous bords me glorifièrent unanimement pour avoir contribué au traitement social du chômage, alors que pendant 25 ans je me suis échiné à lutter contre l’exclusion par une réatribution permanente du geste à ceux qui en avaient été privé, ce qui est aux antipodes de l’altruisme social.

Pour un élu politique, soutenir un traitement social du chômage est bien plus aisé à tous points de vue (surtout électoral) que de militer pour un traitement économique. Toute alternative d'ordre économique conduirait inévitablement à une approche systémique prenant en compte les interactions entre les parties concernée (actionnaires / salariés), remettant en question la valeur ajoutée résumée à une négociation permanente entre l'actionnariat et le coût social de la production. La valeur ajoutée pourrait devenir une expression globale considérant employeurs et représentants des salariés dans une mise en œuvre humaniste du geste et de sa mémoire par l’ouvrier (l’oeuvrier). Trop compliqué à mette en oeuvre pour une politique tombée, durant sa jeunesse, dans le chaudron d'une vision purement analytique à court terme.

La mémoire du geste n’est pas qu’une fantaisie intellectuelle, elle peut être aussi l'origine d'une production échangeable.

Donc retraité, animé de cette conception de la vie, il m’a semblé normal de continuer sur cette lancée, mais en ne m’intéressant plus au retour de la mémoire du geste perdue pour des raisons liées à une histoire individuelle, mais perdue de façon collective simplement par le fait de l’évolution du temps.

D’où mon entrain à ce jour pour l’archéologie expérimentale de façon indépendante, proposant gracieusement mes services aux diverses organisations de reconstitutions protohistoriques.


Comment retrouver et prolonger la mémoire du geste

L’archéologie expérimentale ainsi pratiquée repose plus sur une approche systémique se rapportant à un système pris dans son ensemble plutôt que par approche analytique prenant en compte l’absolue rationalité de la mise en œuvre concrète d’une référence théorique.

Projection

Mon point de départ est intuitif ou repose sur une empathie technique (ce que je crois être techniquement bon en faisant appel à ma propre mémoire du geste et à mes diverses observations éducatives ou culturelles).

Je projette empiriquement une morphogenèse de l’objet à expérimenter par fabrication d’un prototype à l’aide outils actuels ou modification d’un modèle de l’objet déjà existant (par exemple recherche sur le marché de l’occasion d’anciens outils).

Vérification

Je recherche des références théoriques exclusivement à partir de textes d’auteurs contemporains à l’objet expérimenté ou opinions scientifiques validées par des professionnels de l’archéologie fondamentale (universités, CNRS, musées, etc.).

Expérimentation

La mise en situation de l’objet ainsi retrouvé selon une conception de l’archéologie expérimentale s'intéressant à l'histoire, à l'usage et aux rôles des objets techniques dans leur rapport aux faits contemporains conduit rapidement à l'anthropologie des techniques.

Outre les déductions techniques (limites ou améliorations possibles), l’expérimentation apporte un éclairage sur le savoir-faire, c’est-à-dire une efficience qui possède des composantes cognitives dans la maîtrise de processus ne se limitant pas à une observation extérieure de la technique, mais permettant d'approcher la pensée, la conception, voire la perception sensible de la technique témoignant de la culture et de l’appartenance à une société.

Les dimensions humaine et sociale ainsi retrouvées par la technique permettent des projections anthropologique, ethnologique, culturelle, religieuse, et politique, voire des analyses économiques.

Présentation pédagogique

Une connaissance ne vaut que si elle est transmise, donc possibilité de présentation gratuite du matériel dans toute manifestation ayant un souci de reconstitution historique.